Éviter qu'une propriété « végète » sur le marché

Gaétan Cloutier ne s’attendait pas à changer deux fois d’agent quand il a mis son condo en vente en juin 2014. C’est pourtant ce que ce propriétaire d’un appartement de trois pièces situé près de la Promenade Masson a dû faire.

« Je suis d’abord allé chez un courtier sans commission, en me donnant une fenêtre de quatre mois, explique l’homme dans la quarantaine. Au bout de deux mois, il ne se passait rien et je suis passé à un courtier immobilier standard, puis quatre mois plus tard, toujours rien. Je suis finalement passé chez un autre courtier, avec qui j’ai fini par vendre, neuf mois après l’inscription de mon condo sur le marché. »

M. Cloutier a été propriétaire de l’appartement pendant six ans. Au bout du compte, il a dû baisser son prix trois fois, pour finalement vendre au prix qu’il avait payé en 2009. Une situation qui est maintenant familière à de nombreux propriétaires de copropriétés.

« J’ai eu six visites durant l’année, dont quelques-unes pas très sérieuses au début », poursuit-il. Au fil de rencontres avec des courtiers, il a compris que son condo n’était peut-être pas prêt à la vente.

« Quand ça fait six mois que tu essayes de vendre puis qu’on te dit ça, la mâchoire te tombe ! Tu te bats contre du neuf, et quand tu as quelque chose d’usagé, il faut que ç’a l’air flambant neuf. C’était plus beau chez moi quand je suis parti que lorsque j’y habitais ! »

Ce ne sont pas tous les vendeurs qui ont la chance de M. Cloutier, comme cette cliente de Manon Sicotte, courtière chez Royal LePage Habitations, propriétaire d’un condo de 500 pi2 situé près de la station de métro Rosemont. Devant le peu d’intérêt suscité par sa propriété, elle a décidé de la retirer du marché après moins de six mois et de la louer.

« Ma cliente n’est propriétaire que depuis deux ans. Elle voulait rentrer dans son argent, voire obtenir un profit de 5000 $. Elle n’a pas été capable. »

— Manon Sicotte, courtière chez Royal LePage Habitations

Au lieu de baisser le prix, elle s’est plutôt tournée vers le marché locatif. « Les gens ont de difficulté à vendre ce type de condo à leur juste valeur, car il y en a beaucoup sur le marché, conclut la courtière. Personnellement, je mets tous mes clients en garde : il faut acheter un condo pour soi, pas pour le revendre et faire un profit. »

PAS DE PESSIMISME

Voilà déjà cinq ans que, trimestre après trimestre, le marché du condo devient plus favorable aux acheteurs. Le délai de vente moyen pour une copropriété est ainsi passé de 79 jours en 2010 à 123 jusqu’à maintenant en 2015 dans la région métropolitaine de Montréal.

Les ventes sont, quant à elles, en baisse depuis 2011 dans l’ensemble du Grand Montréal avec, en parallèle, un nombre toujours plus élevé de propriétés sur le marché. Rien pour inquiéter Paul Cardinal, directeur de l’analyse du marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ), qui demeure optimiste. 

« Le marché des maisons unifamiliales et des plex est déjà en équilibre. Quant aux copropriétés, je pense que c’est sur le point de se stabiliser. »

— Paul Cardinal, directeur de l’analyse du marché à la FCIQ

Ce vent de fraîcheur vient du fait que les deux premiers trimestres de 2015, comme les deux derniers de 2014, affichent une hausse de l’activité immobilière dans le Grand Montréal. Alors que la situation de l’emploi se porte plutôt bien et que les taux hypothécaires sont au plus bas, rien ne permet donc d’être pessimiste. « Si la demande se maintient, les délais de vente vont se resserrer et diminuer à moyen terme », analyse M. Cardinal.

Actuellement, les délais sont toujours en légère progression, mais on commence à voir la tendance s’inverser dans quelques secteurs, par exemple l’Ouest-de-l’Île.

LE JUSTE PRIX

« Les maisons unifamiliales situées en ville se vendent très bien en ce moment, confirme Marie-Claude Palassio, courtière chez Royal LePage Altitude. J’ai par exemple plusieurs clients qui cherchent une maison dans la Petite-Italie, ou encore dans le coin du marché Atwater ou du Plateau Mont-Royal. » Dans le cas des copropriétés, ajoute-t-elle du même souffle, il est plus important que jamais d’afficher le juste prix.

« Aujourd’hui, dès qu’on est 10 000 $ au-dessus de ce que ça vaut, le condo stagne, ça ne bouge pas », explique la courtière pour qui ce boulot est une deuxième carrière après un passage remarqué dans le secteur des ressources humaines. « Je préfère établir un prix juste, créer de l’intérêt dès le départ et obtenir un maximum de visites dans la première semaine. »

Avec une moyenne de 123 jours de délai de vente, il n’est pas rare qu’un condo reste des mois sur le marché. « Il ne faut pas manquer une visite. Il faut prendre tous les appels », lâche Mme Palassio, qui préfère perdre un peu de pouvoir de négociation afin d’éviter de voir la propriété végéter sur le marché.

Car le risque d’en arriver à l’état végétatif est bien réel. Du moins l’est-il pour le moment.

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